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L’avenir des bibliothques musicales

vendredi 14 décembre 2001, par La Rdaction

Un dbat cruxial sur l’volution de notre mtier

Enjeux et questions

Il y a un certain nombre d’indicateurs qui amnent formuler ces interrogations :

- Internet et la multiplication des sites d’changes et de tlchargement de musique ou d’information musicale mme si Napster a t ferm d’autres prennent la relve.

- de nouveaux appareils d’enregistrement et d’coute de musique au format MP3 ou autre format numrique dont le dernier en date vu sur une publicit : le Jukebox de la socit Crative prtend pouvoir stoker dans un appareil au format d’un baladeur 150 CD ou l’quivalent de 5 jours de musique en qualit numrique.

- le magazine Webmusic dont j’ai eu entre les mains le N°2 donne d’autres raisons de s’inquiter car dans ses critiques de disques la place des rfrences commerciales il donne des url (liens vers un site) qui permettent d’couter la musique.

- Il y a depuis longtemps des albums que l’on ne peut acqurir que sur le net. On sait que pour des collectivits comme les ntres c’est compliqu...

- A l’image de S. King, il a des artistes qui envisagent de se passer de l’dition et du pressage en diffusant/vendant (?) directement leur morceaux depuis leur site.

- Le support CD a-t-il encore de l’avenir (plus que 5/6 ans) ?

Des usagers plus avertis

Dans le domaine du document crit comme en matire de musique, si le consommateur est aujourd’hui plus avis qu’autrefois (car de plus en plus instruit, de plus en plus inform par les mdias de toutes sortes), s’il est de plus en plus autonome puisque l’accs l’information comme aux produits musicaux a t facilit notamment grce l’essor des nouvelles technologies de l’information et de la communication, je pense qu’il ne saurait se passer totalement des professionnels comptents, et ce au moins pour les raisons ci-aprs.

Un mtier qui va changer ?

Je pense que ces volutions vont faire changer notre mtier. Peut-tre que notre rle de mdiateur va se renforcer face celui de pourvoyeur de support...

Si vous avez lu attentivement l’excellente synthse de notre collgue F. Dufaux, vous aurez vu qu’il risque d’y avoir une volution des supports mais que les CD actuels seront "lisibles" par les lecteurs des nouveaux supports.
Cependant la question d’internet est loin d’tre rsolu et simple. Avec l’avnement d’appareils mobiles qui enregistrent ou sont relis facilement au net (WAP et autres) pour couter des fichiers MP3, il va y avoir une volution de la "consommation" de musique.

D’autant que les auditeurs les plus actifs sont ou seront probablement les plus frus de ce genre de techniques ou se brancheront sur internet rapidement...

Il me semble que notre mtier va devoir voluer d’avantage vers un rle de mdiation et que les taches plus techniques comme le catalogage s’amenuiseront au profit de la production de contenu (discographies,...), l’orientation discographique (en l’absence de supports vers le net), l’animation et la veille musicale (internet et autres...).

La connaissance de la musique sous tous ses aspects (genres, histoires, instruments, technologies...) et la possession d’un support renforcera notre rle culturel de mmoire et de sa mise en valeur face au pilon commercial, la volatilit des donnes numriques et la barbarie du tout va vite et tout ce qui est nouveau est meilleur.


Vers une revalorisation de la profession

Les propositions de Xavier me semblent aller vers une revalorisation du mtier de discothcaire : passer de tches techniques un vrai mtier de spcialistes des musiques semble un dfi intressant, et la mise disposition d’un public forcment moins polyvalent de ces connaissances relve bien du mtier : transmission de connaissances, mdiation pour une ouverture vers des musiques moins connues parce-que moins bien diffuses, laboration de critres d’acquisition et explicitation de ces critres. Quant la conservation, c’est un problme dlicat qui mrite sans doute une rflexion approfondie parmi les discothcaires.

Slectionner et orienter

D’une part, vu l’abondance de la production - et c’est, je crois, une bonne chose en soi, puisque preuve de la crativit des individus et de la vivacit du secteur - il n’est pas toujours facile de se retrouver dans la masse sous laquelle le consommateur/utilisateur croule littralement. Il n’est pas toujours ais non plus de ne pas se perdre dans ce vritable labyrinthe que reprsente Internet, d’autre part. De ce fait, des professionnels capables de le conseiller et, surtout, de le guider seront toujours indispensables.

Le rle de ces derniers consistera davantage effectuer un premier tri dans la masse pour proposer chaque personne intresse le plus large choix possible en fonction de ses intrts et de ses gots. Ils auront galement pour tche de placer des balises claires permettant d’aiguiller l’utilisateur/consommateur, lui vitant ainsi une inutile perte de temps, et mme d’argent (voir le cot de connexion et diverses taxes des communications).

Un peu de temps dans l’phmre musical

Par ailleurs, puisque la logique commerciale ne s’intresse qu’aux produits qui « marchent », cdant parfois trop facilement des effets de mode (avec tout ce qu’une telle vision peut avoir de restrictif et de temporaire), rejetant parfois dans l’oubli des productions souvent originales, voire insolites, et amputant par la mme occasion la cration d’une bonne partie de sa ralit, il s’agira aussi pour eux de jouer un autre rle, et non des moindres : celui de conservateurs et de valorisateurs du patrimoine. Je veux parler de ce « rle culturel de mmoire » voqu plus haut.

Ds lors, la formation (initiale et continue) de ces mdiateurs que sont les mdiathcaires, les documentalistes et les bibliothcaire, et, par consquent, l’implication relle des partenaires (pouvoirs publics, organismes privs, etc.) dans ce processus prend encore toute son importance.

A mon avis, ce n’est que dans cette optique patrimoniale qu’il sera possible de prsenter l’usager ou consommateur moyen, l’amateur mordu de rarets comme au chercheur (ethnologue, sociologue, musicologue, etc.) une large palette de produits effectivement reprsentative des diverses sensibilits d’un pays, d’une culture, d’une poque ou d’un moment de l’histoire de notre monde.

Interventions de Xavier Galaup, Suzanne Rousselot et Kayowa MUKUNDI-BIPUNGU