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Nouer les fils de l’action culturelle

Prmices d’une charte de l’action culturelle en bibliothque musicale / Arsne Ott (Membre du CA de l’ACIM)

samedi 28 janvier 2012, par Arsne Ott

« C’est la prsence des autres voyant ce que nous voyons, entendant ce que nous entendons, qui nous assure de la ralit du monde et de nous-mmes. »

Prmices d’une charte de l’action culturelle en bibliothque musicale / Arsne Ott (Membre du CA de l’ACIM)

Cet article vient complter une rflexion entame en vue de la publication d’un article dans Musique en bibliothque (ouvrage paratre d’ici fin 2012).

Quelque soit l’angle (lien aux collections, pratiques culturelles, impact social) sous lequel on analyse l’animation musicale en bibliothque, celle-ci apparait comme fragilise, bien que porteuse de sens et de dfis. Or le propre de l’action culturelle ou de l’animation n’est-il pas l’incertitude ? La prsence du public n’est jamais assure, la tension cratrice suppose diverses formes de fragilits ou d’indtermination, la conqute de nouveaux publics y est parfois hypothtique… etc. Au lieu de se recroqueviller sur les insuffisances ou les limites des actions menes en bibliothque musicale, il est important de revendiquer leur capacit prendre des risques, diversifier les publics, rassembler au-del des clivages lis aux pratiques culturelles et aux marquages sociaux.

L’interrogation des plis de l’histoire des bibliothques et des politiques culturelles me parat donc une tape indispensable pour signaler la trs grande proximit qui lie l’action culturelle aux bibliothques. On y observera aussi les chemins croiss entre l’action culturelle et l’animation socioculturelle, qui si elles se singularisent par les moyens mis en œuvre, se rencontrent sur les finalits recherches, lorsque ce n’est pas au contact du mme public sur le terrain. Ce sera aussi une faon de vrifier qu’il y a une communaut de destin entre l’histoire de la lecture publique et celle de l’Education populaire ou des politiques culturelles de l’Etat.

1.1 Vous avez-dit dmocratisation culturelle ?

Rappelons pour cela que les municipalits sont intervenues dans les domaines culturels ds la Rvolution franaise, notamment avec la naissance des institutions municipales modernes et des premires institutions patrimoniales. Les confiscations rvolutionnaires (biens du clerg, des nobles…) contribuent crer o enrichir les bibliothques. La politique rvolutionnaire centralise touche nanmoins l’ensemble du territoire en favorisant en particulier la cration de bibliothques municipales et de muses.
Paralllement on voit s’affirmer tout au long du XIXme sicle le paradigme de la dmocratisation culturelle, qui culminera au XXme sicle au moment du Front populaire . Les premires bibliothques populaires, filles de la Rvolution, puis les premires bibliothques municipales , revendiquent ce mme mot d’ordre.
On ne parle pas encore d’action culturelle, et pourtant celle-ci fait son apparition ds les annes 1920 dans les bibliothques pour enfants travers l’heure du conte. Ce moment de grce et de sagesse o la culture orale s’invite dans le temple de l’crit, cet art de la connaissance diffre o le mensonge se rflchit dans le miroir o se contemple la vrit. Affirmation de la culture orale aux cts de la culture crite, premier largissement de la notion de culture un art populaire. Dans la mme dcennie l’action culturelle s’invite de faon plus officielle au cœur de la Bibliothque municipale de Reims travers un espace d’exposition (1928).
De son ct l’animation socioculturelle, en tant qu’hritire des mouvements d’Education populaire des 19me et 20me sicles, œuvre la transformation sociale et conduit l’mancipation des individus, afin de former des citoyens adultes, responsables et critiques.
La France des annes 40 institutionnalise l’Education populaire travers son Ordonnance du 2 octobre 1943 et l’agrment " jeunesse et ducation populaire " qui en dcoule, ceci afin de rserver dsormais aux associations agres le bnfice ventuel de subventions, sous condition d’adhrer certains grands principes tels que la libert de conscience, la non-discrimination, le fonctionnement dmocratique… etc.
L’animation socioculturelle s’adosse dans le mme temps aux courants psychosociologiques qui valorisent le groupe comme lieu d’expression et de crativit. Elle connat un vritable dveloppement li l’avnement de la socit des loisirs, avec notamment l’affirmation culturelle des classes moyennes partir des annes 1960.
C’est dans ce contexte de forte urbanisation de l’aprs guerre que les municipalits prolongent les modles mis en œuvre par l’Etat et agissent en faveur des quipements socioculturels. On assiste la cration de prs de 6000 quipements socioculturels difis durant la priode 1962-1975, projets qui amnent les lus locaux se positionner sur un terrain qui leur tait inhabituel.
Si l’Education populaire au XIXe sicle tournait autour de l’Etat rpublicain pour les laques ou de l’Eglise pour les catholiques, dans les annes soixante et soixante-dix elle a trouv un nouveau mode d’expression dans l’animation socioculturelle, qui s’affirme essentiellement en lien avec la municipalit.
La Fdration nationale des centres culturels communaux (FNCCC) cre en 1960, contribue lgitimer l’existence d’une politique culturelle municipale dote de budget, d’lus et de service spcifiques. Amorce ds les annes soixante dans certaines villes, l’institutionnalisation des pratiques socioculturelles se gnralise et contribue au dveloppement local des collectivits. Ceci se fait d’autant plus facilement que les lus ne sont pas indiffrents l’impact conomique, au prestige culturel octroy ainsi leur ville travers ces actions.
Le Centre culturel communal de Saint-Di cristallise au cours des annes 1960 tous ces questionnements, il invite la culture l’chelle communale et marque le passage de la notion de "biblio" la notion de "mdiathque". L’action militante qu’Albert Roussin y dploie autour du livre, du disque et de l’image les principales formes d’action culturelle que nous connaissons encore aujourd’hui (confrences, initiations musicales, auteurs invits, expositions…).

1.2 De la religion de l’art la mdiation culturelle

L’affirmation de ce modle socioculturel apparat comme une alternative au modle que privilgie Andr Malraux avec les Maisons de la culture. Cette diffrence d’approche de la culture entre le ministre des Affaires culturelles et la FNCCC, rvle « la tension qui existe entre une acception litiste et une acception populaire de la culture ouverte aux courants issus de l’ducation populaire, entre la prdominance de la volont centrale et l’expression des pratiques la base. » (Poirrier, Philippe ) . Tension qui se traduira dans par une opposition entre "animateurs" et "crateurs".
Le concept de Maison de la culture labor par Andr Malraux s’appuie ainsi sur une conception quasi religieuse ou "magique" du rapport l’art. Conception dans laquelle la mdiation n’a qu’une place limite.
Lors du lancement du premier plan quinquennal pour la culture, en 1961, Pierre Moinot, du cabinet d’Andr Malraux, dfinit la maison de la culture comme un thtre o se jouerait la rencontre entre le spectateur et l’oeuvre, o s’exprimerait une " tentation de la culture". « De cette rencontre peut natre une familiarit, un choc, une passion, une autre faon pour chacun d’envisager sa propre condition. Les œuvres de la culture tant, par essence, le bien de tous, et notre miroir, il importe que chacun y puisse mesurer sa richesse, et s’y contempler. »
La Maison de la culture se veut pluridisciplinaire, et propose un premier largissement du cercle de la lgitimit culturelle : « Elle exclut la spcialisation [...] et abrite toutes les formes de culture sous tous leurs aspects. [...]". Cependant "Elle n’a pas souci d’organiser l’enseignement mme des arts, et donne toujours le pas l’œuvre. La confrontation qu’elle suscite est directe, vite l’cueil et l’appauvrissement de la vulgarisation simplificatrice, et se fait videmment aux risques rciproques des parties mises en prsence. [...] La premire forme de ce qu’on appelle d’ordinaire, par un mot d’ailleurs magique, « l’initiation » aux arts, est une rencontre intime. »
Dans cette contemplation l’oeuvre d’art deviendrait le miroir intime devant lequel le spectateur est la fois saisi et rflchi. On y voit apparatre l’affirmation timide de la fonction d’animation : " Une maison de la culture doit aller au devant de son public, qu’il lui appartient en quelque sorte de conqurir, et concevoir l’ensemble de sa programmation dans l’optique de cette initiation du public aux diffrents langages artistiques."
Donner "le pas l’oeuvre" comme si celle-ci portait en elle toute la charge motionnelle mme de subjuguer le spectateur, voil un projet surprenant, d’autant que cette relation "intime" ne tolrera aucun passeur ou tmoin. En mme temps l’ide d’une « rencontre intime » avec l’œuvre d’art, qui peut tre gnante sur le plan idologique, est sduisante et peut correspondre ces moments d’extase o le spectateur est saisi face une œuvre qu’il voit ou qu’il entend, parfois mme de faon fortuite. Ce communion entre l’œuvre et le spectateur est proche du coup de foudre, avec toutes les formes de jalousie ou de comportement exclusif qui pourraient y tre associ : « C’est parce que c’tait elle, c’est parce que c’tait moi ! » disait Montaigne.
L’action culturelle pourtant ne cesse d’affirmer des objectifs opposs ceux des Maisons de la culture. Bien sr il ne s’agit pas de s’interposer, mais bien de runir les conditions d’une rencontre entre le public et l’oeuvre d’art. Or le terrain de rencontre est souvent difficile trouver tant nous sommes tenus loigns de toute forme de "familiarit" ou de "tentation" face l’oeuvre. Par-del les missions culturelles, les enjeux sociaux ressortent de faon prcise de ces projets, ce qui fait qu’au milieu des grands centres urbains, les maisons de quartiers, les MJC, ainsi que les bibliothques servent de ciment social pour empcher les chteaux de carte, les tours d’habitation des cits, de s’effondrer, et leurs habitants de « tomber les uns sur les autres ».

1.3 La culture s’ouvre tous les possibles

La chose trange est qu’au moment mme (au tournant des annes 1960) o la politique culturelle de l’Etat s’inscrivait dans le cercle magique de la "tentation", les courants hritiers de l’ducation et du Front populaire allaient provoquer une onde de choc culturelle, qui ira accoster sur les rivages des territoires municipaux dans les annes 1970, et par un effet de boomerang ouvrirait la notion mme de culture des formes d’expression indites. Ce qui permettra l’affirmation progressive des bibliothques territoriales sur le terrain de l’action culturelle, au moment mme o elles font cho aux pratiques d’coute musicale qui se gnralisent.
Ainsi le climat d’opposition qui existait entre politiques culturelles et action socioculturelle s’est adouci au fil du temps, pour arriver ce moment particulier o au dbut des annes 80 la politique de l’Etat largira le champ culturel. La sparation entre arts majeurs et mineurs a disparu, les pratiques "amateurs" sont reconnues, les spcificits des industries culturelles seront prise en compte, et l’action publique prendra une dimension festive et populaire avec la cration d’vnements nationaux comme la Fte de la Musique, les Journes nationales du patrimoine… etc.
Les cultures mergentes, ces nouvelles formes d’expression artistique repoussent les limites de la cration, elles on droit de cit et auront progressivement accs aux institutions culturelles : danse urbaine, aux arts de la rue, hip-hop, musique lectronique, graphisme numrique, vido en temps rel... Les « arts phmres » (arts du spectacle, arts de l’installation, arts de la performance…) s’installeront que dans la mmoire volatile des publics et de chroniqueurs l’cart de toute tentative de patrimonialisation.

Le dcret du 10 mai 1982 prcise : « Le ministre charg de la culture a pour mission : de permettre tous les Franais de cultiver leur capacit d’inventer et de crer, d’exprimer librement leurs talents et de recevoir la formation artistique de leur choix ; de prserver le patrimoine culturel national, rgional ou des divers groupes sociaux pour le profit commun de la collectivit tout entire ; de favoriser la cration des œuvres de l’art et de l’esprit et de leur donner la plus vaste audience ; de contribuer au rayonnement de la culture et de l’art franais dans le libre dialogue des cultures du monde ».
Dans sa faon de conjuguer pratique artistique et pratique amateur, cette dmarche permet d’imaginer ce que de nombreuses mdiathques enclencheront les dcennies suivantes en devenant une scne phmre ou provisoire pour la libre expression musicale des musiciens amateurs, semi-professionnels ou professionnels qui habitent le quartier (« mon voisin le musicien »).
Cultiver sa capacit d’inventer et de crer…Dvelopper l’expression libre des talents… Contribuer au libre dialogue des cultures du monde… tout cela contribue faire tomber les masques d’une culture litiste, mais risque galement de nous conduire ce point de retournement dont parle Paul Ricoeur « o la reconnaissance des diffrences devient indiffrence. »

1.4 Nouer les fils de l’action culturelle en mdiathque

L’action culturelle fait ressurgir les affinits qui existent entre le discours socioculturel et la proclamation des missions des mdiathques, sans doute parce que les deux projets s’adossent aux enjeux de socit que sont l’ducation et le partage et la dmocratisation de la culture. Ce qui ne les empche pas de se distinguer en ayant des approches diffrentes de ces questions. L’action socioculturelle œuvre en particulier en faveur de la mixit sociale, de l’intgration et de la reconnaissance des minorits culturelles ; l’action culturelle, regrouperait quant elle les moyens mis en œuvre par les services publics pour mettre en relation la cration contemporaine, les ressources documentaires, le patrimoine avec l’ensemble de la population.
Ce qui apparat notamment dans la dfinition du rle des DRAC charges de conduire la politique culturelle de l’tat dans les rgions et les dpartements. En ce qui concerne l’action culturelle l’accent est mis le dveloppement « des programmes d’actions autour de la question des publics et des territoires les plus loigns de l’offre culturelle, partir du rseau des acteurs et des structures artistiques et culturels. » Soulignons ici le lien fort qui unit « action culturelle » et « publics loigns ».
La Charte des bibliothques adopte par le Conseil suprieur des bibliothques le 7 novembre 1991 dans ses premiers articles affirme sa fidlit l’idal rvolutionnaire tel qu’il pourrait tre dfini dans tout projet d’ducation populaire ou de « lecture(s) publique » .
" Article 1 Pour exercer les droits la formation permanente, l’information et la culture reconnus par la Constitution , tout citoyen doit pouvoir, tout au long de sa vie, accder librement aux livres et aux autres sources documentaires."
Peu de temps aprs un autre texte donne cho nos missions : « fournir chaque personne les moyens d’voluer de manire crative » ; « stimuler l’imagination et la crativit des enfants et des jeunes » ; « dvelopper le sens du patrimoine culturel, le got des arts, des ralisations et des innovations scientifiques » ; « assurer l’accs aux diffrentes formes d’expression culturelle des arts du spectacle » ; « dvelopper le dialogue inter-culturel et favoriser la diversit culturelle » ; « soutenir la tradition orale » ; « soutenir les activits et les programmes d’alphabtisation en faveur de toutes les classes d’ge, y participer, et mettre en oeuvre de telles activits, si ncessaire »… Ces citations qui recouvrent de nombreux objectifs qui pourraient tre dfinis en matire d’action culturelle sont issues du Manifeste de l’UNESCO sur la bibliothque publique » publi en 1994.
Les missions rappeles ci-dessus sont comme une tapisserie tisse au fil de l’histoire, laquelle il nous appartient de nouer les fils de nos actions culturelles.
Ce sera chose faite dans les annes 2000 lorsque toute cette histoire dialogue transpirera en quelque sorte dans les premires chartes de l’action culturelle.
Si les partenariats avec les institutions culturelles, les associations et les tablissements d’enseignement, y figurent en bonne place, il est vrai que l’affirmation d’une action transversale en direction de l’ensemble des acteurs sociaux n’y est pas clairement exprime.
La Charte d’objectifs culture/ducation populaire signe 30 juin 1999 entre Le ministre de la Culture et de la Communication et les mouvements et fdrations d’ducation populaire prsents sur l’ensemble du territoire constituera " un maillon important du dveloppement culturel de par leur ancrage territorial et la diversit de leurs modes d’intervention".
Cette charte rappelle que "la culture est au coeur du pacte rpublicain. Elle concourt la formation du citoyen et contribue l’panouissement de chacun." Surtout elle revendique le fait de "mettre tout en oeuvre pour tendre l’ensemble de la population l’accs aux pratiques artistiques et culturelles et crer une relle participation des citoyens la vie culturelle de leur pays" et de "faciliter l’analyse commune des besoins, la rencontre entre pratiques amateurs et pratiques professionnelles et de nouvelles dmarches vers la population."
Aujourd’hui ce projet a trouv une nouvelle forme d’expression dans la Charte Ministre de la culture et de la communication – Fdrations d’ducation populaire dcline dans une Convention pluriannuelle d’objectifs 2099-2011.

Encore une fois un grand nombre d’objectifs rsonnent comme par sympathie avec les cordes de l’action culturelle mene en mdiathque musicale.

" - Favoriser l’accs des jeunes des quartiers sensibles l’art, la culture et au patrimoine notamment travers les pratiques en amateur ;
- Dvelopper une ducation artistique et culturelle qui permette la mise en cohrence des diffrents temps de la vie des jeunes ;
- Valoriser la diversit culturelle et l’expression des cultures d’origine des populations issues de l’immigration dans une perspective de dialogue ;
- Innover dans le domaine de la mdiation artistique et culturelle en s’appuyant sur les expriences partages."

Dfinir une charte en dehors de tout contexte culturel ou social pourrait apparatre comme une tentative vaine. Cependant l’histoire des politiques culturelles, conjugue celle de l’ducation populaire et de la lecture publique, nous fourni un cadre conceptuel dont ont pourra largement s’inspirer. Pour des raisons d’espace cet aspect de la question sera dvelopp par ailleurs.

2 Action culturelle - Bote outils, ides ("work in progress")

Il s’agit d’offrir ici sur le thme de l’action culturelle en bibliothque musicale, un talage d’ides, de missions, d’objectifs, d’outils, accessoirement de rflexion, au sein duquel tout un chacun pourra faire son march en fonction de ses besoins.

2.1 Charte de l’action culturelle – exercice de style

A moins d’imaginer un tablissement qui soit entirement ddi la musique (comme c’est le cas pour la Mdiathque Musicale de Paris), la charte de l’action culturelle est intgre en gnral un projet d’tablissement plus global. De ce fait la musique n’y est pas traite en soi, mais comme faisant partie d’un ensemble.
Si la charte est un prolongement du projet d’tablissement, il est aussi logique de rappeler le caractre singulier de la charte : exemple « l’exercice des missions de l’action culturelle de la Bpi doit tenir compte d’un ensemble de donnes qui, pour certaines, sont communes toutes les bibliothques publiques, et, pour d’autres, sont propres l’tablissement et son contexte. »
Il est donc particulirement difficile de faire un exercice abstrait dtach du terrain.
C’est pourquoi mon objectif est de proposer ici titre indicatif les ttes de chapitre d’une charte, ainsi qu’un certain nombre d’entres en terme de missions ou d’objectifs, tout en soulignant au passage quelques aspects spcifiques la musique.
Prambule
Il permet de donner le contexte gnral et surtout les principales orientations du projet d’tablissement autour desquelles la charte de l’action culturelle viendra se nouer.
Il s’agit la fois de faire la publicit de ces orientations auprs du public et des partenaires, d’indiquer en quoi elles sont susceptibles d’voluer, mais aussi en faire ressortir les principes prennes.

Missions

-  Rappeler la ncessit d’une offre musicale diversifie, indpendante des pressions commerciales ;
-  Signaler la place importante de la musique dans la construction individuelle ou sociale des personnes ;
-  Souligner l’importance de la mdiathque comme espace public ddi la culture et ses enjeux sociaux au cœur de la collectivit ;
-  Faire le lien aux collections, en soulignant la correspondance des projets avec la charte documentaire, voire en ayant un objectif prescripteur qui comme le mentionne la charte de la BPI invite le public «  revenir aux documents disponibles la bibliothque. »
-  Relier l’action culturelle l’offre de services (sur place ou distance) de la mdiathque musicale ;
-  Par-del le lien aux collections ou aux ressources documentaires, affirmer galement l’importance de moments d’changes publics, d’exprience vcues (concerts, autoformation, rencontres…) autour de la musique ;
-  Mettre en œuvre des outils pdagogiques facilitant la dcouverte, l’appropriation et la comprhension des esthtiques musicales ;
-  Faciliter la confrontation et la rencontre avec des professionnels de la musique ;
-  Sensibiliser le public l’impact du contexte conomique ou technologique sur la production et la cration artistique ;
-  Inscrire l’action culturelle dans des vnements locaux, rgionaux (festivals) ou nationaux (Fte de la musique, Semaine du son…etc.).
-  Souligner (ou non ?) le fait que la mdiathque puisse tre productrice de contenu et d’informations (archives sonores ou visuelles) ;
-  Prciser les actions de coopration, de partenariat ou de coralisation avec les infrastructures musicales existantes (conservatoires, coles de musique, festivals, opras, salles de diffusions, scnes de musiques actuelles, associations culturelles, tablissements scolaires, universits…) ;
-  Œuvrer en faveur du rapprochement des institutions artistiques et culturelles et des rseaux de l’ducation populaire afin de "faciliter l’analyse commune des besoins, la rencontre entre pratiques amateurs et pratiques professionnelles et de nouvelles dmarches vers la population ; "
-  Dcliner l’action culturelle sur l’ensemble d’un rseau public en tenant compte des spcificits de publics, de collections, de lieux ;
-  Envisager ou signaler les partenariats

Objectifs

- Proposer des parcours mtiers : rendez vous avec des professionnels ;
- Dialogue ou tension crative entre diffrentes formes artistiques (concerts dessins, installations sonores, lectures musicales, arts en rsonancen images en mouvement et son…) ;
- Rendre le pass prsent : la photographie ;
- Inscription dans les manifestations nationales (Mois du patrimoine crit, La semaine du son, La Fte de la musique…) ;
- Donner le got ou clairer le patrimoine ;
- Favoriser l’interaction public – musicien (micro-tournes musicales, faire de la mdiathque "Un endroit o aller" pour y dcourvir des musiques peu diffuses dans les mdias…) ;
- Susciter des dcouvertes, faciliter des initiations (dcouvrir au public de nouvelles formes artistiques, explorer les instruments, l’organologie comme porte d’entre sur la musique…) ;
- Contribuer l’veil musical (exploration d’instrumentariums, rptitions publiques, provoquer des coutes au chœur de l’orchestre…)
- Concevoir des projets qui permettent aux publics handicaps de participer aux animations mises en place par les bibliothques publiques. (prsentations publiques, lectures ou confrences peuvent tre traduites en langue des signes, faire appel l’ensemble des possibilits sensorielles de l’individu…) ;
- Oser la musique (prendre en compte les caractristiques de l’coute de la personne handicape mentale) ;
- Ecoute active ou partage (confrences pdagogiques, Brunch musical…) ;
- Mener des actions en milieu pnitentiaire, hospitalier… etc. ;
- Accompagner la cration sonore (instruments de musique insolites, lutherie urbaine ;
- Valoriser les pratiques amateurs et la scne locale (Micros concerts la Mdiathque, Showcases, scnes ouvertes…) ;
- Auto-formation (apprentis sorciers, jouer composer, musique assiste par ordinateur…) ;
- … etc.
Formes de l’action culturelle revendiques par la charte
-  Expositions, projections, confrences, ateliers pdagogiques, spectacles vivants, concerts, arts de la rue… etc.
-  Il est important ici de prciser les niveaux d’quipement des mdiathques (contraintes lies au fonctionnement et aux lieux, quipements, infrastructures existantes (auditorium…), rgies, espaces d’exposition, espaces publics modulables ;
-  … etc.

Publics

-  Diversit de l’offre et des formes, afin de rpondre une diversit de besoins (autoformation travers la dcouverte des outils de musique assiste par ordinateur, loisirs, dveloppement de la culture musicale…) ;

-  Rappeler les conditions d’accs ou de participation (gratuit, ouvert tous…) ;

-  Projet d’largissement en direction de publics peu familiers de la musique ou des bibliothques. La charte peut rappeler ce titre certaines conventions particulires passes avec des organismes sociaux ;

-  Services distance pour les publics loigns, mais aussi peu familiers des espaces culturels. Vidoconfrences, archives audio ou vido.

-  Exemple : « L’action culturelle, au mme titre que le dveloppement des collections et des services au public, doit donc tendre diversifier et largir le public de la Bpi, notamment en direction de publics peu familiers des bibliothques, dans l’esprit de l’ouverture tous souligne par le dcret. » BPI

Les orientations spcifiques de la politique culturelle de l’tablissement

-  Souhait d’accompagner les formes mergentes de la cration musicale, la scne locale ;
-  Rflexion sur les enjeux patrimoniaux lis la musique ;
-  Actions menes en faveur d’veil musical, de l’coute active ;
-  Action menes en direction des populations dfavorises ;
-  Inscription de la dmarche de l’tablissement dans les rseaux sociaux (Myspace, Facebook…) ;
-  … etc.

Le cadre de programmation

-  Evnement unique ou rcurrent d’une anne sur l’autre (par exemple l’occasion de la Fte de la musique) ;
-  Programmation de saison culturelle ;
-  Dresser des perspectives pluriannuelles dans un souci d’approfondissement, de lisibilit et de cohrence de la dmarche ;
-  Adapter la programmation aux espaces, aux jauges publiques attendues, la capacit technique de l’tablissement.
Communication
-  Evnementielle (concerts, expositions, confrences) afin de valoriser chaque action en particulier ;
-  Cyclique afin de constituer des parcours thmatiques qui cherchent valoriser les diffrentes formes de l’action culturelle (exposition, concerts, confrences, ateliers…) ;
-  Programme mensuel afin de rythmer la programmation ;
-  Programme de saison afin d’afficher une vue d’ensemble sur l’ensemble des vnements programms ;
-  Inscription au sein des rseaux sociaux, presse, radio… etc.

Evaluation

Quelques critres

-  Satisfaction du public, des intervenants, des partenaires, des bibliothcaires ;
-  Echo dans la presse, au sein des rseaux sociaux ;
-  Quantifier le nombre de participants par rapport la jauge de la salle, par rapport au public attendu pour ce type de manifestation ;
-  Qualit (estimation ge, sexe, abonns, public familial, mixit sociale…) ;
-  Mesurer les carts entre la frquentation souhaite et la participation relle des usagers. Analyser les causes, rappeler les difficults rencontres, indiquer les solutions trouves, les russites ;
-  Bilan de la saison au regard des objectifs de la charte.

Coopration

Action de coopration l’chelle d’un rseau de lecture publique (exposition itinrante), d’une rgion (festival ou tourne de musiciens dclins dans plusieurs mdiathques musicales), voire au niveau national en lien avec des associations de coopration professionnelle dans le domaine de la musique (ACIM, AFAS, AIBM…).

Fiche technique

Capacit d’accueil, plan de salle (dimensions scne et/ou de salle), puissance lectrique, praticables, loges ou espaces faisant office de, quipement son, quipement lumire, moyens matriels (cadres, vitrines…), accs rseaux.

2.2 Devant la loi : le paradoxe juridique persiste ici comme ailleurs

Il serait illusoire de vouloir traiter ici du volet juridique li l’activit des mdiathques. Par consquent je vous renvoie vers l’excellent travail de synthse critique men par Yves Alix.
Nanmoins intressons nous au traitement "d’exception" qui borde le domaine d’activit des actions culturelles en mdiathque.
En nous adossant au "paradigme de la dmocratisation" de la culture nous pourrions nous laisser bercer par l’ide d’une exception pdagogique qui s’appliquerait aux mdiathques. Que d’actions publiques nous pourrions dcliner spontanment dans ce domaine (confrences de sensibilisation du public, ateliers de dcouverte, sances d’initiation…). Qu’une telle exception ne soit pas gratuite, qu’elle demande tre compense par une rmunration forfaitaire, est dans l’ordre des choses.
Or ce jour comme le signale Yves Alix l’exception pdagogique est particulirement restrictive et surtout " le contexte de l’utilisation pdagogique, fix par la loi et confirm par les accords [sectoriels], limite le champ de l’exception pdagogique la salle de classe et l’espace numrique de travail, c’est--dire l’intranet ou l’extranet de l’tablissement sur lequel sont mis en ligne les cours des enseignants et les travaux des lves. Toutes les activits menes hors de ce contexte sont exclues du champ de l’exception, et notamment  : les activits d’animation organises par les bibliothcaires…".
Force est de constater que l’activit des mdiathques n’est envisage par les ayants droit (en sont-ils seulement conscients ?) sous l’aspect de l’achat et du prt de documents. On assiste un vritable dni de l’ensemble de leurs activits ddies la valorisation pdagogique des collections ou la mdiation culturelle partir du moment o elles cherchent s’appuyer sur leur collections. Or comme nous l’avons vu, l’action culturelle en bibliothque trouve une partie de sa lgitimit dans la mesure o elle s’enracine dans les fonds documentaires de la mdiathque. Mme si de plus en plus l’action culturelle se dtache de la notion de collection, pour s’illustrer dans le temps de l’change social et public.
" Tout est possible, rien n’est permis […]. Mais, dans les services publics, qui ne sauraient s’affranchir de la loi, peut-on dire que mme si rien n’est permis, tout est possible ? " demande Yves Alix.
Cette situation paradoxale que je mets en parallle avec la parabole Devant la loi de Kafka, que l’on pourrait parodier ainsi : " un bibliothcaire demande pouvoir partager la musique qu’il connat ou qu’il a rassemble avec son public ; mais le gardien des portes de la Loi lui explique qu’il ne peut pas l’autoriser le faire. Le bibliothcaire revendique et espre en vain l’autorisation. Il patiente durant de longues annes. Au moment o la bibliothque musicale va fermer dfinitivement ses portes faute d’avoir su rpondre aux attentes de son public, le gardien lui confie l’oreille : « Personne que toi n’avait le droit de le faire, car c’tat ton devoir de le faire, maintenant je pars et je ferme ».

2.3 Environnement juridique du musicien : les fiches pratiques

Heureusement que pour ce qui est de l’encadrement des musiques vivantes les mdiathques ne bnficient pas du mme traitement "d’exception". Elles peuvent prtendre, titre occasionnel ou permanent, aux mmes droits que tout organisateur ou entrepreneur de spectacle.

Pour une information plus prcise sur ces questions je vous renvoie vers la rubrique Guide pratique de la musique / Fiches pratiques / Environnement juridique et social du musicien du portail de la Cit de la musique .

Avec notamment les fiches ddies :

-  l’organisation d’un concert ;
-  aux rgles relatives l’exploitation et l’amnagement des ERP (tablissements recevant le public), en particulier pour ce qui concerne le classement en fonction de leur activit et leur capacit.
-  aux licences d’entrepreneur de spectacle ; (Licence 1 au titre de l’activit d’exploitant de lieux de spectacles, licence 2 au titre de l’activit de producteur de spectacles ou d’entrepreneur de tournes et la licence 3 au titre de l’activit de diffuseur) ;
-  aux Contrat(s) d’engagement (en sachant que les organisateurs occasionnels de spectacle bnficient des services du Guichet unique du spectacle occasionnel (Guso) qui regroupe en une seule formalit les diffrentes obligations lies un contrat de travail.
Pour une information plus complte vous pourrez galement vous reporter aux fiches pratiques du Centre d’information et de ressources pour les musiques actuelles (Irma).

Arsne Ott (Membre du CA de l’ACIM) – 28 janvier 2012


Cet article vient complter une rflexion entame en vue de la publication d’un article dans Musique en bibliothque - Toucher la musique, toucher le public : le dialogue des mes - (ouvrage paratre d’ici fin 2012).